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Le
Livre blanc
Per a Nazione Corsa
Communiqué de presse (13/5/81)
Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes
Introduction : Un contexte nouveau
Première partie
Les dangers immédiats...
Le Jeu électoral
Le statut particulier
Deuxième partie
Les perspectives
Le FLNC
Stratégie à court et moyen terme
Conclusion
Communiqué 13/5/81
La venue de la Gauche au pouvoir est un grand jour
pour le peuple français. Mais elle n’est pour notre peuple avide de
liberté qu'illusion et joie précaires.
Nous ne pouvons un instant laisser croire à notre
peuple que dans la liste des libertés qu'apportera la gauche au
peuple français y figureront aussi les nôtres, car il manquera
l’essentiel :
Le droit des
peuples a disposer d'eux-mêmes
Le
pouvoir colonial français qui nie, étouffe et réprime l’aspiration
nationale corse n'a changé que de nature, car Mitterrand,
profondément attaché au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes,
nie ce droit à notre peuple en se camouflant derrière la formule
vague du droit a la différence ».
En dehors de la prise en compte de ce droit
fondamental, II n'y a pas de solution au problème corse, Le statut
particulier à la Sicilienne n’est simplement qu'une reforme
régionale administrative très poussées qui esquive le vrai
problème.
Face au nouveau pouvoir colonial fidele à la
Constitution de 1958, lui aussi profondément attaché l’unité
nationale française et hostile a toute expression nationale corse,
notre peuple n'a pas d'illusion à se faire quant a la prise en
charge par Mitterrand dune véritable solution politique pour notre
pays.
La promesse de la libération de nos frères
emprisonnés et l’arrêt de toutes les poursuites (qui n’est que
justice pour nos frères), qui réjouit à raison notre peuple tout
entier, n’est qu'habileté politique qui laisse croire que la
question corse est réglée.
Notre peuple ne doit pas être trompé avec la gauche
au pouvoir en France le problème corse reste entier.
Le nouveau pouvoir colonial combattra toute
aspiration nationale corse avec ses nouvelles méthodes et ses
nouveaux visages, incontestablement mieux armés que la droite pour
étouffer et canaliser le mouvement national corse en proposant des
solutions sectorielles comme essentielles.
En conséquence nous appelons tous les nationalistes
à se mobiliser et a s'organiser dans l’unité pour faire aboutir la
revendication nationale corse, seule garantie de la survie de notre
peuple menace de disparaitre sur sa terre : pour l'heure, la
conclusion de notre conférence demeure valable. Nous expliciterons
bientôt notre analyse de la situation et préciserons notre stratégie
à venir.
La Corse
appartient aux Corses
C'est notre
pays
Nous y avons
nos droits
Nous le
rappelons
FLNC
INTRODUCTION
Un contexte nouveau
Lors des dernières consultations électorales, le
peuple français a manifesté sans équivoque sa volonté de changement,
Le FLNC ne peut que se féliciter de cette maturité exprimée par le
peuple français. N'en déplaise à certains, le FLNC a toujours
considérés le peuple français comme un peuple frère, il ne peut que
se réjouir des conquêtes de celui-ci.
Mais le peuple français n’est pas le peuple corse.
De cette vérité objective, scientifique, découle le sens profond et
fondamental de notre combat. Confondre des deux peuples en une seule
entité c'est faire preuve que l’on œuvre pour le colonialisme,
consciemment ou inconsciemment. C’est admettre comme naturelle la
domination politique de l’Etat français sur notre terre. C’est
légitimer la prépondérance culturelle de la langue et de la
civilisation française sur notre identité véritable, sur notre seule
nationalité : la nationalité corse. Enfin, c'est accepter sans
réagir la mise en coupe réglée de notre pays par le capital.
Au moment ou une partie sincère de notre peuple
s'abandonne à la rêverie, nous devons le mettre en garde,
l'empêcher d'emprunter le chemin souvent répété de la crédulité.
Il nous faut un pouvoir corse mettant en place des
institutions corses si nous voulons préserver la lutte de libération
nationale de toute récupération.
Dans ce contexte, la fraternité avec le peuple
français est indispensable mais elle ne saurait être à sens unique :
les intérêts des forces populaires corses ne seront pas sacrifies
aux intérêts français.
Pour cela, tout doit être mis en œuvre pour
reconquérir notre souveraineté nationale. Personne ne nous
réintégrera dans nos droits naturels, si nous n’avons pas la volonté
d'aboutir: C'est une condition nécessaire à la survie de notre
peuple.
Première
partie :
Les dangers immédiats…
Nous mettons en garde notre peuple contre certains
périls :
L'euphorisme : les problèmes de la Corse ne
sont pas réglés, l’identité corse demeure menacée le peuple corse
n'a pas recouvré ses droits imprescriptibles. Nous tenons d'ailleurs
dire que nous refusons le mot d'ordre de paix civile tel qu’il est
partout proclamé, car nous rappelons cette vérité première : seul le
colonialisme menace la paix sur notre terre.
Là encore, qu'on ne s’y méprenne pas : nous ne
sommes pas contre la paix nous ne sommes pas des partisans
inconditionnels de la violence, Bien au contraire, nous aspirons à
la paix pour notre peuple. Le peuple corse sait être hospitalier et
généreux lorsque ses intérêts vitaux ne sort pas menaces.
Comment pourtant peut-on prétendre parler de retour
à la paix civile, alors qu'il n'y a jamais eu de guerre civile on
tentation de ce genre ?
L'affrontement entre Corses n'a jamais existé, seuls
les colonialistes et leurs relais politiques ou armés ont été ou
demeurent nos adversaires : mais notre peuple, toujours à nos cotes
comme nous sommes a ses cotes. Rappelez-vous du piteux échec du 9
septembre 1977.
Le peuple corse, il est en nous-mêmes et nous sommes en lui.
L’entrisme : nous devons mettre également en
garde certains militants sincères contre la tentation de l’entrisme
dans les structures politiques françaises. Le mouvement populaire
corse doit conserver sa dynamique, et sa stratégie propres. Notre
peuple ne se sauvera pas par procuration.
Nous lançons donc un appel à toutes les couches de
notre peuple pour qu’elles surmontent leurs divisions.
Nous demandons à nos intellectuels de surmonter
leurs querelles d'écoles et .leurs académismes.
- L'illusion démocratique : libération des
prisonniers politiques ; cette libération camouflée sous des aspects
essentiellement juridiques et humanitaires tend à faire croire qu'il
n'y aura plus de problème corse quand il n'y aura plus de
prisonniers politiques.
En fait, cette libération, c’est la reconnaissance
de la légitimité de notre lutte.
De même la volonté de maintien d’une « mini CSE »
(selon la déclaration de M Faure, ministre MRG de la Justice)
signifie la reconnaissance du problème politique qui demeure sans
solution.
Et même si demain la CSE était dissoute, ces
contradictions apparentes nombreuses et répétées montrent la
perplexité du pouvoir face au problème corse, et nous imposent la
plus grande vigilance.
Le jeu électoral
II demeure fausse a cause de l'omniprésence des clans
et de leur facilite a s'adapter au nouveau pouvoir (les quatre
nouveaux députes ne pourront qu'assurer la permanence d'un système
politique éculé). Cependant, les nouveaux visages ne servent qu’à
renforcer les vieux visages. De plus, des « nouveaux visages » sont
partie prenante dune structure soumise au centralisme parisien des
partis (accords nationaux PS-MRG par exemple. Manœuvres, pressions,
magouilles...)
Le jeu électoral actuel ne vise qu'a la distribution
de quelques miettes ou petits postes favorisant les appétits
individuels. II ne fait rien avancer compte tenu de l'urgence de la
situation (dermographie, déculturation), au contraire, il renforce
les institutions d'un Etat qui reconnait formellement l'existence du
peuple corse, mais qui refuse d’en tirer les conséquences : ses
droits nationaux.
Le jeu électoral renforce le pouvoir qui ne tend qu’à
réduire la LLN en refusant de poser le véritable problème : la Corse
appartient au peuple corse. A quoi sert d'occuper des postes d'élus
ou autres, si l'on renforce les structures coloniales et
claniques...
Le statut particulier
Le statut particulier ou autre réformette ne peut
apparaitre comme une solution au problème corse. Ces demi-mesures,
n'entraineront qu'un simple changement institutionnel et, par la,
occulteront la dimension de notre lutte. Les liens entre la Corse et
la France sont des liens coloniaux les rapports qui existent entre
les deux pays ne sont que prédominance et soumission. Ce n’est pas
en gérant de telles institutions que l'on mettra en cause cet état
de fait.
Nous sommes conscients qu'en elle-même l'indépendance
ne lèvera pas forcement l'hypothèque du colonialisme. Les luttes de
libération que mènent les peuples de nombreux pays (Afrique noire,
Amérique latine, Moyen-Orient...) montrent que si ces pays ont
conquis depuis des années leur indépendance institutionnelle, rien
de fondamental n’y a changé l'impérialisme y maintient sa domination
économique, politique et culturelle.
A ce propos, le FLNC espère que les peuples
progressistes sauront imposer à l'impérialisme la négociation
Sud/Nord nécessaire à la paix et à la fraternité des peuples dans le
monde...
Seule la libération nationale peut mettre fin a
l'oppression et a l'exploitation coloniale de la Corse. La LLN va
bien plus loin qu'une simple modification des institutions. Elle
suppose que le peuple corse soit de nouveau maitre chez lui. Maitre
de son destin économique, politique, social et culturel. Elle
suppose qu'il ait récupéré sa terre, ses richesses, la maitrise de
ses moyens de production de commerce et d'échange. Elle suppose
qu'il puisse décider librement, non seulement de ses institutions
mais aussi des relations avec les autres pays de la Méditerranée, de
ses choix en matière économique pour son développement ainsi qu'en
matière de société, le tout en fonction de ses besoins et de sa
culture.
Comme nous sommes conscients que l'indépendance ne
lèvera pas forcement l'hypothèque du colonialisme, nous sommes
conscients qu'il y a dans cette lutte des situations qu'on ne peut
négliger.
Actuellement la situation semble favorable pour que
les organisations politiques proposent leur statut particulier afin
de récupérer le minimum de pouvoir politique que cédera l'Etat
français (en guise d'apaisement) sous la pression du mouvement
national.
Si l'Etat français octroie on quelconque statut à
notre pays, il est évident qu'il créera une situation politique que
nous devront prendre en considération.
Mais une solution de ce type, quelle qu’elle soit,
ne peut être la solution finale pour notre pays et notre peuple, et
nous la combattrons si elle ne prend pas en charge l'intérêt
collectif de notre people.
Deuxième partie Les
perspectives
Le FLNC
Nous rappelons notre combat contre la droite et les
clans : personne n'a combattu le pouvoir de droite plus que nous,
les faits et la répression sont la pour le prouver :
-
au niveau de l’exploitation de notre pays
-
de l’accaparement de nos terres
-
du génocide par substitution de notre people
-
de la domination culturelle française
-
de l'exil et du chômage
-
de sa politique d'expansion impérialiste dans le
monde.
Les finalités de notre combat : Elles ont été
résumées dans notre « livre blanc ».
Par son combat le peuple corse, après la mise en
échec et la destruction des instruments du colonialisme, contraindra
l'Etat français à négocier, concrétisant ainsi la victoire politique
de la nation corse.
Cette négociation implique des préalables :
-
Libération de tous les patriotes et arrêt de toute
répression
-
Rapatriement des forces d'occupation et de répression
-
Reconnaissance des droits nationaux du peuple corse
et son droit a l'autodétermination
-
reconnaissance du fait colonial et donc des
conséquences qui en découlent (aide a la reconstruction,
indemnisation, aide au retour des Corses, répartitions…).
L Etat français devra s'engager sous contrôle de
l'ONU ou de tout autre organisme international, après une certaine
période (durée à déterminer) à garantir les modalités d'application
de l'autodétermination. Durant cette période l'administration de
l’île se fera à égalité entre l'Etat français et les combattants de
la libération nationale.
La tache des patriotes rassemblés au sein du Front
est de mener la lutte jusqu'è la défaite du colonialisme et des
clans, et de restituer au peuple et a lui seul les moyens
politiques, économiques et culturels de maitriser son destin.
Nous luttons pour le peuple corse et c’est à lui
seul que nous remettons la souveraineté nationale et le pouvoir
politique que le colonialisme lui a confisqué.
La reconnaissance des droits nationaux du peuple
corse et son droit à la maitrise de son destin implique la reprise
du pouvoir politique par le peuple corse. Le rôle de décision et de
sanction est dévolu au people et a lui seul.
Les combattants de la lutte de libération nationale
feront en sorte que soient prises immédiatement les mesures
politiques, économiques et culturelles qui, par le renversement de
l'aliénation coloniale avec la disparition de toute influence et de
tous les instruments du colonialisme rendront tous ses droits au
peuple corse.
Notre peuple, alors librement consulté par la voie
du suffrage universel réhabilité, se donnera les moyens de chasser
définitivement toute forme de colonialisme, d'exploitation et
d'oppression.
Stratégie
à court et moyen terme
Le danger viendra de la droite qui peut vouloir
déstabiliser la France en utilisant la Corse : les risques de
provocations subtiles par l'intermédiaire de mouvements qui se
parent d'un ultranationalisme, fut-il corse, ne sont pas à exclure.
Nous disons clairement la Corse ne permettra pas la
répétition d'un 13 Mai 1958 (note) (X).
Plus que jamais nous veillerons à dénoncer les
provocations d’ou qu'elles viennent.
Toute démarche unitaire est un moyen de marginaliser
les provocateurs. Cette démarche est aussi nécessaire au
développement de l'indispensable débat au sein du mouvement
populaire corse, premier pas vers sa réelle unité, ceci afin de
permettre le renforcement de la lutte de libération nationale.
Le FLNC continuera la trêve pour permettre à cette
démarche de se développer.
La mobilisation des forces populaires corses peut et
doit d'ores et déjà amené le pouvoir céder sur cinq points
fondamentaux :
-
Réhabilitation de la langue et de la culture corses
dans tous les domaines (enseignement, vie publique,
radiotélévision...)
-
fin de la colonisation de peuplement (corsisation des
emplois, chartre de retour des exilés et refus des fonctionnaires
non corses);
-
liquidation de toutes les formes de spéculation et
notamment de la spéculation immobilière
-
départ des colons :
-
évacuation des forces d'occupation, de répression et
d'agression (Légion étrangère, base atomique de Sulinzara...).
Conclusion
Le président de la République française, François
Mitterrand, et son gouvernement se font les ardents défenseurs dans
le monde et au sein de l'internationale socialiste, du principe des
droits des peuples à disposer d'eux-mêmes. Ils ont donc les moyens
d'apporter une véritable solution au problème national corse en nous
reconnaissant ce droit. Notre peuple et la communauté internationale
sont attentifs, ils jugeront sur des actes et non sur des principes.
La paix en Corse dépend de cette volonté politique ;
sinon le FLNC, inlassable défenseur des droits historiques du peuple
corse, tout en refusant d'être l’allié objectif des forces
réactionnaires, se verra contraint de faire respecter ces droits car
la Corse n'appartiendra jamais qu'au peuple corse.

F.L.N.C
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